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Critique de la critique

Note de lecture : ce qui suit a été rédigé le 30 août 2016, il s'agit d'une archive de mon ancien blogue. Le style de l'auteur a profondément changé depuis.

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L’auteur de cet article est conscient de l’absurdité de ce qu’il est en train de rédiger, et qu’il avait déjà développé à une autre occasion dans le Traité sur la Gentillesse. Pour autant, force est de constater que la critique est au centre de toute notre construction sociétale, et qu’elle repose sur l’art de la dialectique entre deux locuteurs, soit celui qui défend l’idée, et celui qui l’attaque. Dès lors, le réquisitoire et la plaidoirie, s’ils ne sont utilisés « officiellement » qu’au sein des tribunaux, sont en fait représentés partout dans notre quotidien entre des locuteurs qui ne partagent pas le même avis, et la même place au sein de la société. Je vais disséquer ce fait avec mes outils.

Le constat, c’est qu’il est plus aisé de critiquer que de diriger. Lorsqu’on dénonce quelque chose, il n’est pas utile de proposer une solution alternative, il faut et il suffit que l’attaque force le contradicteur à se défendre, à remettre en cause ce qu’il fait, dans un propos bien tenu et cohérent, sous les apparences de la raison, afin de laisser croire que l’autre n’est pas quelqu’un de compétent, et se destine à une piètre gestion des projets qui sont les siens. Cela se retrouve énormément dans la politique, et il est bien plus facile d’adopter des postures partisanes lorsqu’on se trouve dans l’opposition, que lorsque l’on se trouve dans la majorité du gouvernement au pouvoir.
C’est, entre autres, pour cette raison que le Président Hollande rencontre tant de difficultés, parce qu’après douze ans d’opposition, son parti, son équipe et lui, n’avaient pas les clefs du pouvoir et le bagage politique nécessaire pour donner une véritable cohérence gouvernementale à la politique qu’il entendait mener — entendons-nous, en aucune manière cela ne saurait être l’unique raison. Toutefois, les « couacs » du gouvernement Ayrault I et Ayrault II, en 2012-2013, tentaient de concilier sans ligne fixe, toutes les strates d’une opposition au pouvoir sarkozyste qui s’était unie par principe contre le Président Sarkozy, mais qui ne partageait, en terme de projets d’avenir, ni les mêmes buts, ni les mêmes aspirations.

Ce constat est vrai pour la politique en tant qu’activité publique, mais elle est également vraie dans des foyers où il n’existe pas de véritable « pouvoir » en tant que tel, mais où la notoriété, où les gens sont invités à s’exprimer en toute horizontalité ; sans le filtre de la hiérarchie. Cela se présente notamment sur Internet, et sur YouTube. Les polémiques concernant ce que certains font, que ce soit de la part de ceux qui postent des vidéos ou de ceux qui les commentent, présentent un véritable amour de la critique, parce que la critique vend, parce que les humains sont naturellement attirés vers la polémique, pour des raisons obscures.

La thèse. Plus qu’une véritable conviction, la critique est un art facile, accessible à tous, sans conditions d’âge, sans conditions de revenus, sans conditions de quotient intellectuel. La critique permet de dire « Stop », elle permet surtout de susciter l’attention et le conflit, de se bâtir une notoriété dans de nombreux cas, où elle n’est pas forcément légitime.
Elle revendique tout d’abord une liberté d’expression. Au premier degré des motivations que peuvent avoir ceux qui la pratiquent abusivement, c’est ce besoin de s’affirmer, et de rentrer, moins dans la rébellion que dans l’affirmation de son Moi, c’est-à-dire de sa personnalité et de sa croyance.

La démonstration. À ce titre, Internet est le foyer dans lequel ces critiques s’expriment le plus virulemment, notamment dans les milieux artistiques, de tout ordre et de tous les horizons.
Il serait anthropologiquement impossible de définir précisément et sociologiquement les transhumances de la toile, mais il peut toutefois se déduire au travers son empire, que l’on croise plus facilement derrière son écran des personnes introverties, en recherche de quelque chose — Vu que l’acte d’écrire est lui-même symbole d’introversion dans des cas nombreux, mais pas exclusifs, j’y reviendrai dans un prochain article.

Dès lors, la critique se mue en un baptême de glace, une affirmation belliqueuse pour pénétrer dans la société et s’y donner la place qui nous revient de jure mais dont on souffre l’absence de facto.

En effet, l’autre lieu dans lequel ces comportements de critiques permanents existent, mis à part les centres du pouvoir (intellectuels, politiques, économiques…), ce sont les lycées. Il ne paraît pas mal amené d’établir une corrélation entre les comportements que l’on retrouve au lycée, et les comportements que l’on retrouve sur Internet au sujet de la critique, validant a priori la thèse selon laquelle cette critique permanente est l’expression de sa personnalité.

De la même manière que l’expression de la virilité se définirait selon son taux de « combats » au cours de sa jeunesse, la critique intellectuelle devient l’apanage d’une nouvelle forme de revendication personnelle, alors même que dans de nombreux cas, il lui est impossible de proposer une solution viable sur le long-terme.
Toujours dans le domaine de la politique, lorsqu’en 1984, la grève des mineurs de charbon en Grande-Bretagne entame un bras de fer avec Margaret Thatcher, la critique de la « Dame de Fer » devient le théâtre de parodies, de caricatures, de chansons (Miss Maggie, de Renaud Séchan), de militantisme, voire d’activisme. Ces critiques, qui sont saines pour la démocratie, sont toutefois ce qu’elles doivent être et restées : des critiques. La traite du charbonnage est sur le déclin depuis les années 1960, et il ne reste aujourd’hui plus que quelques mines de charbon aux conséquences écologiques désastreuses (Allemagne, depuis l’arrêt du nucléaire), et dont la rentabilité reste somme toute très limitée.

Cet exemple met en avant le fait que les gestionnaires sont toujours soumis à la pression des critiques, aux gens qui ne voient de prime abord que leur intérêt personnel et particulier, avant de voir l’intérêt de la communauté. Plus encore qu’une question d’immaturité sociale, la dramatisation des enjeux, l’abandon du réquisitoire rationnel, le mariage aux faux semblants et des petites phrases représentent le centre de la critique du XXIème siècle, loin de défendre des principes, mais bien dans une volonté contre-productive de triturer intellectuellement une question sans jamais proposer de solutions alternatives. Le principe, en soi, du bouc-émissaire, mis à l’échelle de la parole, et plus à l’échelle du poing.

Conclusion personnelle. Et je ne suis pas mieux qu’eux, somme toute ! Tout comme Renaud le revendique à la fin dans la chanson Les Bobos, la critique que je viens de faire de la critique ne fera pas avancer le monde, elle ne propose aucune solution anthropologique pour répondre aux besoins compulsifs qu’il y a de susciter à de multiples reprises le conflit autour de soi, ce qui n’épargne au final pas grand monde dans le monde humain.

En prendre conscience fait toutefois relativiser les enjeux. L’interventionnisme dans des histoires glauques et sordides qui ne me concernent pas se trouve limité et tempéré par la satiété ; il faut dire que je ne sais pas ce qui se passe dans la vie des autres, et que je n’ai jamais à les juger ou à les critiquer.

Vous trouverez dans cet article, et jusqu’à cette ligne, plus de vingt occurrences du mot « critique ». Je le note avec humour parce que cela est représentatif de ce que je voulais mettre en évidence dans cet article. Il explique aussi personnellement, mon appréhension avec le syndicalisme, le militantisme. Si je ne manifeste jamais pour mes convictions, si je ne soutiens pas ceux qui manifestent, si je n’adhère pas à l’idée du syndicalisme (sans souhaiter l’interdire), c’est parce que je déplore trop souvent les postures sociétales dans lesquelles elles s’inscrivent.
Ainsi que je l’ai évoqué à plusieurs reprises, et que je centraliserai dans un article long sur la question de la société, adhérer à cette manière de se comporter me paraît donner raison à la société, celle qui écrase, uniformise, force les individus à se comporter avec des masques sociaux qui n’existent que de manière abstraite.

Margaret Thatcher disait une fois : « La société n’existe pas. Il n’existe que des hommes et des femmes qui vivent en communauté. », cette citation me paraît à propos pour clore cet article. Je ne peux pas juger durement ceux qui nous gouvernent, à toutes les échelles (la cellule politique, familiale, scolaire, entrepreunariale…), je peux objecter rationnellement des faits sur lesquels je ne suis pas d’accord. Moins qu’une question de personne, une question d’idées souhaite sincèrement motiver les raisons pour lesquelles je critique les actes d’autrui, et trop de fois, la confusion se fait, et engendre la polémique, ainsi que les pires jugement de valeurs, toujours dans cet esprit de conflictualité.

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Celle-ci doit se garder, je l’espère un jour, des émotions et de la subjectivité, pour se concentrer sur une objectivité et une logique pour des discussions de fond qui ne répondent plus à des débats d’égo, à des idéalismes qui servent à faire avancer le monde, que ceux qui s’occupent de projets ou qui nous gouvernent, doivent prendre en compte pour forger le rêve dans lequel ces personnes vivent.
Raison pour laquelle, d’un autre côté, j’espère que cela continuera dans la mesure du raisonnable. Sans ces idéalismes, jamais nous n’aurions pu progresser. Il convient toutefois de se demander, en ouverture, si les problèmes sociétaux que nous rencontrons auraient existé si d’aventure, les idées étaient logiques.

Finalement, St-Exupéry conclura alors le mieux mon propos : « Fais de ta vie un rêve, et de ce rêve une réalité. ». L’idéalisme te fait rêver, la rationalité transforme ce rêve en réalité.

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