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Ce que être autiste signifie

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La rédaction de cet article m’était importante depuis quelques mois déjà, afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants par lesquels un adolescent-adulte Asperger communique avec son entourage, et les problèmes que cela peut engendrer par rapport aux « compétences sociales » qui y sont liées. Cet article, en forme de témoignage, entend expliciter pour quelles raisons la maladresse verbale est un problème pathologique pour de nombreux autistes, a fortiori lorsqu’ils présentent le Syndrome d’Asperger.

Cette maladresse verbale provoque notamment de sérieux problèmes dans la gestion des relations sociales, parce qu’elles présentent des caractéristiques à la fois atypiques et troublantes, qui peuvent parfois déboucher sur des jugements de valeur quant à l’intégrité, tant psychique que mentale, des Aspies en question.

I. Pourquoi ?

Tout d’abord, la gestion des relations sociales est une composite de la triade autistique, c’est-à-dire, l’outil diagnostic par lequel un spécialiste distingue des signes cliniques en faveur d’un TSA (Troubles du Spectre Autistique).

Ces difficultés sociales s’illustrent dans de nombreuses situations, et sont des conséquences desdits signes cliniques diagnostiqués par un spécialiste.

Dès lors, la communication « neurotypique » des individus repose sur les langages (au pluriel), et leurs rapports à la réciprocité conversationnelle, ainsi qu’aux émotions-sentiments qui en découlent. Cette communication entend utiliser un registre de langue communément accepté et normé, c’est-à-dire, reproduit par énormément d’individus au sein de la société.

On retrouve au sein de ce registre de langue, la manière de parler, ainsi que l’utilisation des métaphores ou du langage implicite pour communiquer une idée, parce que c’est plus facile, ou parce que c’est plus visuel. Par la même, la réciprocité d’une conversation, sur la manière de réagir aux événements du quotidien, une chose des plus simples pour nombre de personnes, est tout aussi difficile que la gestion des émotions pour un Asperger.

Tous ces éléments sont donc des handicaps a priori. C’est-à-dire qu’ils existent individuellement, indépendamment des autres, et qu’ils ne provoquent une situation de handicap que lorsqu’ils se confrontent tous à la même problématique de la gestion des relations sociales.

Si les causes scientifiques de ces particularités ne sauraient être expliquées par le rédacteur de cet article, cette « différence » de fonctionnement justifie la raison pour laquelle la communication autistique peut être anarchique, voire franchement médiocre dans certains cas (l’autisme étant un spectre, variant d’un individu à un autre).

En effet, dès lors que les effets littéraires, l’identification de l’implicite, les arguments émotionnels sont invoqués par l’interlocuteur d’une personne autiste, celle-ci ne peut pas réagir comme il est attendu par la personne neurotypique, à moins d’avoir réalisé un important travail sur elle-même. Cela tient au fait qu’elle ne dispose pas des outils nécessaires pour mener une conversation normée et acceptable d’un point de vue sociétal. Cela provoque ainsi le rejet, la discrimination, ou plus prosaïquement, l’incompréhension face à ce qui est qualifié de bizarre, ou d’étrange, ce qui sort un peu de ce dont les gens ont le plus souvent l’habitude, et qui provoque invariablement la peur de la différence.

II. Modélisations concrètes.

Maintenant que le « pourquoi » a été traité, quelle est la modélisation concrète de cette problématique, et surtout, comment la traiter ?

Beaucoup de personnes Asperger font de sincères efforts pour s’intégrer dans une société fondée sur l’intérêt de la majorité. Elles cherchent leur place, comme tout un chacun, avec des handicaps qui les rendent moins prompts à pouvoir réagir que d’autres, ce qui nécessite d’emblée une ouverture et une compréhension fondée sur l’empathie.

À défaut de considérer un autiste comme un marginal incapable de parler, ou un manipulateur sociopathe, calmons les références littéraires grandiloquentes et de considérer quelles seraient les meilleures questions que pourraient se poser les différents interlocuteurs d’un Asperger afin de comprendre la personne en face d’elle.

  • Pourquoi cette personne agit ainsi ?
  • Est-ce qu’elle me veut du mal ?
  • Comment, si j’en ai envie, puis-je me faire une place dans sa vie ?

Il serait illusoire de croire que tout le monde peut communiquer avec un Aspie, pas tant parce que l’Asperger en question serait sauvage que parce que l’ouverture d’esprit n’est pas une denrée répandue, voire même une denrée rare. Toutefois, cette approche du monde serait salvatrice dans de nombreux cas, également pour celui évoqué par cet article. Il constitue le fondement d’une amitié réciproque, parce qu’elle prend en compte les caractéristiques de l’autre, au moins autant que l’autre essaie de le faire.

Malheureusement, ces difficultés de communication engendrent de nombreux quiproquos, à la source de conflits et de violence verbale parfois maladroite. La rationalité dont un autiste fait preuve, peut parfois effrayer l’autre, parce qu’il se demande pourquoi cette personne ne comprend pas ses émotions, ne respecte pas sa volonté de silence. Elle la protège en même temps des individus manipulateurs, tout en les exposant à des pervers narcissiques, parce qu’il existe une naïveté importante chez la plupart des Asperger.

III. Expérience personnelle.

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Maintenant qu’une explication a été tentée, les situations suivantes illustrent le rapport conflictuel que j’entretiens avec la communication et les relations sociales.

J’essaie depuis longtemps de comprendre comment me faire des amis, pour autant, je rencontre toujours la même difficulté. Le désintérêt, d’une part, parce que je n’ai pas les mêmes passions que la plupart, l’incompréhension d’autre part, parce que mes manies, ma « finesse » inexistante, peuvent conduire à des situations des plus embarrassantes quand elles ne dépassent pas de loin le cadre de ma pensée, du fait qu’elles sont sujettes aux surinterprétations.

J’essaie pourtant de toutes mes forces, en utilisant de quoi avancer lorsque je rencontre des individus, en inventant des principes (la réciprocité, celle d’enchaîner mutuellement une conversation chacun afin que l’envie de parler soit partagée), ou des échelles de sorte à mieux comprendre quel degré d’attachement je ressens pour l’autre. Tous ces dispositifs permettent une approche raisonnée des problématiques qui sont les miennes, qui me servent à sécuriser et sceller des liens que j’aurais trop de mal à gérer si je n’établissais pas, de base, certaines règles dans ma manière de les approcher.

Ma démarche est toutefois souvent mal comprise. À défaut d’être rejetée, elle est ignorée, elle est dite « robotique », « froide », et « pas humaine », parce que je prendrais les gens pour des « lettres », des « chiffres », des « choses que je mets dans des cases ». Toutes ces accusations suscitent un malaise important chez moi, ainsi qu’un certain désespoir quant au fait de pouvoir socialiser avec les autres, ce qui me fatigue déjà beaucoup en soi.

J’ai toutefois la chance de vivre au XXIème siècle, dans un pays en paix, riche et sous des principes de liberté et d’égalité, j’ai donc accès à Internet, un endroit sur lequel je peux mieux m’exprimer, et tenir un blogue tel que celui-ci, mais aussi, paradoxalement, faire de très mauvaises rencontres.

Ce bilan en demi-teintes me rend peu confiant pour l’avenir, parce que les efforts que je fais sont considérables et ne sont pas toujours compris, parce qu’ils sont interprétés comme des détails ou des choses faciles pour les autres. Le fait de dormir avec quelqu’un, par exemple, fût-il mon petit-ami, est toujours quelque chose pour lequel je perds de l’énergie, parce que j’ai besoin de mon espace. Le fait d’avoir besoin de parler aux autres à des heures précises et prévues, d’aller les voir en le sachant au moins 48H à l’avance, ce genre d’éléments concrets sont importants pour ma stabilité, parce que sinon, ils me suscitent de l’angoisse, ou une fatigue extrême.

Or, nous sommes habitués à vivre dans un monde où l’intérêt de la majorité prime sur l’intérêt de la diversité. La société est unitaire et conformiste, là où elle pourrait être inexistante, fondée sur la communauté, la liberté, l’indifférenciation et l’absence d’un code de mœurs moraux existant. Elle faciliterait la communication de nombreux autistes, mais pas qu’eux, aussi toutes les causes militantes pour lesquelles les gens se battent aujourd’hui, des féministes en passant par les mouvements LGBT, qui ne réclament que le droit à l’indifférence et à la libre-approche de leur vie.

On a pu me prendre pour le meilleur des connards, ou le pire des manipulateurs, en pensant que je n’avais pas d’émotions. On n’a pu mal comprendre ce que j’attendais, certains de mes gestes ou de mes paroles. Au lieu de demander, on a préféré attendre, pour des choses que je ne voyais pas ; que je ne saisissais même pas. En somme, on a beaucoup parlé et on a beaucoup essayé, mais le principal constat qu’il ressort de dix-sept ans de vie sociale, c’est sans doute qu’autrui parle beaucoup, mais qu’il ne cherche pas souvent à comprendre, parce qu’il se conforte dans une position souveraine et validiste.

Il est pourtant complexe d’avoir une approche autocritique de soi, de revendiquer que l’on aime décrire son humeur en %, ou que l’on n’a pas peur d’expliquer quels sont les qualités et les défauts que l’on détient. À terme, ce qu’il reste, c’est la polémique et la diversité, une fermeture d’esprit que j’aimerais voir s’ouvrir un jour.

Je me suis beaucoup servi de l’outil du MBTI afin de mieux affûter ma connaissance de l’humain, et cela a plutôt bien marché pendant longtemps. Le MBTI est un indicateur psychologique vers lequel chacun devrait se tourner pour mieux saisir la dimension des relations humaines.

Enfin, je dirai que mes compétences sociales ne sont pas très développées, que mon empathie et ma compréhension d’autrui se cantonne à quelques rudiments de survie qui se heurtent bien souvent à la complexité de l’humain. La communication dont je fais preuve cherche à être précise et rigoureuse, au lieu de cela, elle paraît froide et rigide. Le curseur de l’acceptable dépend ainsi de chacun, et… C’est peut-être mieux ainsi. Il est impossible d’être ami avec tout le monde, ou de faire des bonnes rencontres tout le temps, aussi est-ce une réalité à laquelle je me fais très bien.

En revanche, il me semble dommage que des belles relations, prometteuses et parfois inscrites sur la durée, s’achèvent parce que l’autre ne voit pas toutes les difficultés que rencontre la personne autiste dans sa connaissance du monde. Plutôt que de le rejeter ou d’y voir l’agression immédiate (sûrement parce que l’on vit dans un monde hostile), se rendre compte que la meilleure manière de communiquer avec un Asperger, est peut-être déjà de chercher à le comprendre, parce que le dernier mythe que je tenais à démentir à la conclusion de cet article, était celle de notre prétendue indifférence à autrui.

Ce que être autiste signifie
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